Editorial de la lettre de liaison N°90

Publié le par CARRU

 
Le Patrimoine national financera-t-il le social ?
 
Les entreprises équilibrent leurs actifs et leur passif, c’est-à-dire d’une part leurs biens immobiliers et financiers et, d’autre part, leurs dettes. C’est une bonne gestion qui permet d’obtenir ce résultat.
 
L’éditorial de la lettre de liaison n° 84 d’avril 2007 intitulé « 18 000 euros et après ? » essayait de démontrer qu’il n’y avait pas de péril pour notre pays, à condition que la règle de l’équilibre définie pour les entreprises soit respectée.
 
Cette règle est sous la responsabilité des Finances publiques qui ont besoin de dégager des ressources de trésorerie pour financer les revendications du moment, comme les « universités » pour les jeunes ou la « sécurité sociale » pour tous les Français dont les pensions pour les plus vieux.
 
Que fait l’État ? Il vend, par exemple, des parts du patrimoine national, de nouveau une partie de nos installations de production d’électricité, mais aussi , moins visible, il envisage de se séparer de notre trésor culturel.
 
La loi du 4 janvier 2002 stipule que « les œuvres confiées aux musées de France, en principe inaliénables, ne peuvent être cédées qu’à l’issue d’une procédure de déclassement ». Depuis aucun déclassement n’a été déclaré par la commission scientifique formée à cet effet.
 
Le 1er août, la ministre de la Culture recevait des instructions du Président et du Premier ministre sur la base d’un rapport Jouyet Levy concernant l’économie de l’immatériel . Celui-ci préconise « la levée de plusieurs tabous de notre politique culturelle », quelle est la signification de cette phrase ?
Les caves, les greniers de nos musées nationaux et régionaux contiennent des réserves importantes d’œuvres. C’est à leur sujet que la ministre de la Culture s’interroge :
« si ce que la puissance publique a acheté doit demeurer en sa propriété, ou si l’on peut aller vers une gestion dynamique de ces œuvres ».
 Autrement dit, peut-on vendre ce patrimoine ?
 
Cette pratique est en vigueur dans d’autres pays, mais des spécialistes comme, J.P. Cuzin , ancien directeur du département des peintures du Louvre, estiment « que remettre en question l’inaliénabilité des œuvres serait catastrophique ».
 
Les discussions, à ce sujet, sont en cours à l’Assemblée nationale et au Sénat.
 
Plusieurs interrogations se posent aussi à nous concernant l’augmentation de la dette par habitant et la façon de la réduire. Les conclusions notre article « 18 000 euros et après » du mois d’avril 2007 seraient remises en cause par les instructions du 1er août 2007 . Elles préconisaient une contribution sur la valeur ajoutée et l’élargissement de l’assiette à toutes les rémunérations et nous n’imaginions pas la possibilité de se dessaisir de notre patrimoine.
  
Ceci serait un exemple de la dégradation de notre patrimoine par perte de notre richesse artistique qui, comme la dette, appartient à chacun d’entre nous.
 
Par ailleurs, nous avons d’autres propositions pour financer nos pensions de retraite, toujours liées à la solidarité des citoyens et des entreprises dans lesquelles ils travaillent .
  
 Dernière minute
  
La première semaine de février, Jacques Rigaud (1) a remis à Christine ALBANEL un rapport intitulé « Réflexion sur la possibilité pour les opérations publiques d’aliéner des œuvres de leur collection.
Ce rapport , commandé par la ministre suite à la lettre de mission du président de la République,
précise :
« Les œuvres n’entrent pas dans les musées pour en sortir, mais pour y rester ».
La ministre a dit :
« Je communiquerai au Premier ministre les éléments apportés par J. Rigaud en faveur de l’inaliénabilité : ils sont convaincants ».
 
(1) homme de culture , de radio…