Le village de CHARONNE et l'ERMITAGE

Publié le par CARRU

Visite du 21 mai 2008

Le village de Charonne

 

 

Charonne, un village?

Charonne, Belleville, Ménilmontant... quartiers? Stations de métro? Lieux-dits? Le promeneur hésite à employer le terme de village à propos de zones occupées par des immeubles, souvent des tours, traversées par des rues grouillantes d'une population très dense.

Pourtant, dans l'espace situé autour de la partie nord de la rue Saint-Blaise, il est un petit quartier, peut-être le seul à Paris avec le haut de Montmartre, où le terme village n'est pas incongru. Ce parcours esquisse l'histoire de Charonne, village millénaire inclus dans Paris en 1860 et dont quelques traces sont encore visibles aujourd'hui.

Oui, mais où?

Avant d'évoquer l'histoire du village, il convient de le borner géographiquement. Tout d'abord, il faut distinguer l'ancienne seigneurie de Charonne du village éponyme.

-Jusqu'en 1789, la vaste seigneurie de Charonne englobait le château de Charonne, le faubourg de Fontarabie (entre le Boulevard de Charonne et la rue Planchai), le Mont-Louis (la colline du cimetière du Père Lachaise), le village de Charonne proprement dit. Elle se terminait au Nord au quartier des Noues et au Sud à la Place du Trône (place de la Nation).

-Jusqu'en 1860, le petit village de Charonne s'organisait autour de quatre rues nommées aujourd'hui: Saint-Blaise (anciennement Saint-Germain, la rue principale), Vitruve, Balkans et Bagnolet.

Copyright Rémi Rivière


L'ERMITAGE unique folie parisienne de style Régence


12 mars 1719
La duchesse d'Orléans, fille naturelle et légitimée de Louis XIV et de Madame de Montespan, et épouse du régent Philippe d'Orléans, achète le domaine de Bagnolet, dont elle fait sa villégiature.

1719-1735 Elle agrandit et décore le château et son parc (80 ha), oeuvre de Desgot, neveu de Le Nôtre.

Dans le parc, la duchesse fait édifier trois pavillons d'agrément dont l'Hermitage (ou Ermitage).

« Il y a encore un autre petit bâtiment appelé l'hermitage ou le palais des hermites... Il est d'un nommé Serin. Ce pavillon a une entrée à l'extrémité du parc, près du village de Charonne ».

J. A. Piganiol de la Force. Description historique de la ville de Paris et de ses environs. 1765.

L’Ermitage, édifié vers 1730, s'organise à l'origine autour d'un salon Nord donnant sur la route de Bagnolet par un portique situé dans l'axe de la grille d'honneur.

Depuis le parc, on accède au salon par une galerie.

Un vestibule ovale dessert la galerie et un cabinet menant aux petits lieux.

Une terrasse plate est accessible par un escalier à vis. Dépourvu d'huisseries et non chauffé, comme la plupart des « folie » de cette époque, l'Ermitage est un bâtiment d'agrément, utilisé seulement à la belle saison.

La décoration intérieure se compose de peintures murales en grisaille, oeuvres de jeunesse de Jean Valade (atelier de Charles-Antoine Coypel), qui deviendra un portraitiste renommé, agréé à l'Académie en 1754. Trois d'entre elles sont parvenues jusqu'à nous. Elles représentent des saints-ermites dans des paysages de forêts. De très bonne facture, elles manifestent le style Régence.

1749-1769 En 1761, le petit-fils de la duchesse, Louis-Philippe, décore l'Ermitage à la mode de l'époque.

Les peintures murales du salon, intactes, sont réalisées selon le goût à la grecque, début du néo-classicisme.

Le duc vend le domaine en 1769. Les nouveaux propriétaires le morcèlent et le vendent par lots.

1772-1787 Claude Théodore Merelle de Joigny, avocat, achète un lot comprenant l'Ermitage et 4 ha de terrain.

La folie, surélevée d'un étage desservi par un nouvel escalier, se transforme en une confortable maison d'habitation pourvue d'huisseries et de cheminées.

Les pièces Sud-Ouest (galerie agrandie) et Sud-Est (vestibule, percé de deux nouvelles fenêtres), plus ensoleillées, prennent de l'importance au détriment du salon Nord.

On construit des communs à l'Est du nouveau portail.

1787-1794 L'Ermitage est acheté par le baron de Batz, personnage incontournable de la Révolution, qui doit sa célébrité aux complots royalistes qu'il organise. Si les deux premiers échouent (enlèvement de Louis XVI lors de son transport vers l'échafaud, puis évasion de la Reine de la prison du Temple), un troisième réussit à compromettre des Conventionnels.

Mais, dans la nuit du 30 septembre 1793, deux cents gardes nationaux se présentent devant le pavillon du baron, qui s'enfuit par le parc. Sa maîtresse, Marie Babin, aura moins de chance. Appréhendée avec sept autres conjurés, elle sera guillotinée.

1820-1887 L'Ermitage et son parc de 13.590 m2 sont achetés par François Pomerel, «Confiseur de SAR la duchesse de Berry». En rez-de-chaussée, il se contente de poser ses initiales sur la grille. En 1887, ses enfants vendent le domaine, réduit à 11.600 m2, à l'Assistance Publique.

1887-1972 Grâce à une donation de la baronne Alquier-Debrousse, l'hospice éponyme est inauguré le 7 juillet 1892. L'Ermitage contient les bureaux directoriaux en rez-de-chaussée et un appartement à l'étage. En 1908 puis dans les années 1930, l'hospice s'agrandit et se modernise.

Depuis 1972, l'hospice est rattaché au Bureau d'Aide Sociale de Paris, devenu Centre d'Action Sociale de la Ville de Paris (C.A.S.V.P.). Pratiquement désaffecté depuis lors, et isolé de l'hospice, l'Ermitage bénéficie en 1987 de restaurations importantes, en particulier la toiture, la grille et les peintures murales (I.S.M.H. en 1905).

En février 2005, le pavillon de l'Ermitage, unique folie parisienne de style Régence, s'ouvre au public pour la première fois, grâce à l'action de l'association des Amis de l'Ermitage. Le visiteur peut y admirer des peintures murales du début et de la fin du XVIII's., ainsi qu'une muséographie qui retrace l'histoire du lieu, petit joyau d'architecture et de décoration Rococo.

Copyright C.A.S.V.P.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans Sorties culturelles

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